Le patrimoine arboré de Cagnes-sur-Mer, retour de terrain avec Vincent Bereens

Pour ce nouvel épisode de notre série "Au coeur de l'arbre", nous accueillons Vincent Beerens, responsable du service exploitation et maintenance de la ville de Cagnes-sur-Mer. Après des années à gérer les arbres des Hauts-de-France, il traverse la France pour venir s’occuper du patrimoine arboré de la ville de Cagnes-Sur-Mer, sous le soleil méditerranéen.

Du Nord au Sud : une observation sur la résilience des arbres

Le premier constat de Vincent Beerens en arrivant dans le sud-est la résilience des arbres à la chaleur et au manque d’eau. Et cela n’a rien à voir avec ce qu’il connaissait. Dans le Nord, la feuillaison suit un cycle bien réglé : un arbre entre en feuillaison, vit sa saison, perd ses feuilles.

À Cagnes-sur-Mer, certains arbres refont deux, voire trois feuillaisons dans l’année, avec un arrêt végétatif marqué autour de la Saint-Jean suivi d’un redémarrage. Cela a de quoi dérouter n’importe quel gestionnaire d’espaces verts habitué à des repères plus stables dans les saisons.

L’olivier reste, à ses yeux, l’arbre le plus étonnant : il défie la mécanique classique de l’arbre et semble renaître de lui-même en permanence. Il évoque aussi saules têtards, arbres à cavités, précieuses pour la biodiversité, ou encore les peupliers plantés en bord de rivière malgré une réputation d’arbres plutôt adaptés aux climats tempérés et humides.

Cette expérience nourrit une réflexion plus large sur le choix des essences. Les gestionnaires d’espaces verts doivent aujourd’hui anticiper des besoins à 10 ou 15 ans. Pour les pépiniéristes, cela devient un exercice compliqué, ils doivent investir sans certitude sur les commandes futures des collectivités.

Vincent Beerens a lui-même expérimenté les contrats de culture, notamment sur des chênes pubescents dans le Nord, et défend une approche pragmatique de la notion d’indigène » : plutôt que de planter à tout prix des essences locales sur un rond-point, mieux vaut réserver ces espèces aux parcs et lisières, et privilégier ailleurs des essences au comportement éprouvé, y compris exotiques. À condition bien sûr qu’elles ne soient pas invasives et qu’elles conservent un vrai intérêt pour les pollinisateurs.

Arrosage, sols vivants, gestion de l’eau et patrimoine arboré

Le deuxième grand chantier concerne l’eau, et Vincent Beerens y est particulièrement sensible. Sa conviction : biberonner un arbre avec un arrosage automatique en goutte-à-goutte permanent finit par produire l’effet inverse à celui recherché.

Les racines, « assez fainéantes » selon ses dires, restent cantonnées à la motte tant qu’on leur apporte tout sur place. Cela empêche l’arbre de développer un système racinaire autonome.
D’où l’importance de sonder les arbres avec des capteurs hydrométriques et tensiométriques, pour arroser seulement quand c’est vraiment nécessaire et laisser les racines aller chercher l’eau plus loin.

Il raconte avoir observé des arbres visuellement stressés, donnant l’impression d’un manque d’eau criant.
Alors que les sondes indiquaient qu’aucun arrosage n’était nécessaire. L’appareil ne dysfonctionnait pas, c’est bien l’arbre qui gérait, en quelque sorte, sa propre sécheresse hydrique.

Ce point rejoint un piège classique que confirme Thomas, confondre sécheresse de l’air et sécheresse du sol. Arroser un sol déjà suffisamment humide sous prétexte que l’air est chaud et sec ne fait qu’asphyxier les racines en les privant d’oxygène.
Et c’est une des premières causes de mortalité des arbres nouvellement plantés.

Selon Vincent Beerens, il faut généralement compter 3 à 4 ans, sur un sol vivant et en bonne santé, avant qu’un arbre devienne autonome pour son approvisionnement en eau.
La question de l’eau ne s’arrête pas à l’arrosage individuel. À l’échelle de la ville, Cagnes-sur-Mer expérimente des noues et des aménagements de gestion des eaux pluviales, avec l’ambition de capter les eaux de ruissellement plutôt que de les envoyer directement vers l’assainissement, tout en respectant les obligations légales de débroussaillement.

Un exercice d’équilibriste entre prévention des inondations, maintien de la biodiversité et contraintes réglementaires locales. Sans oublier que les plantes choisies doivent supporter à la fois des noues gorgées d’eau en hiver et complètement asséchées l’été.

L’arbre en ville : de l’esthétisme à l’infrastructure verte et vitale

Le métier de gestionnaire du patrimoine arboré a profondément changé de statut, estime Vincent Beerens. Longtemps perçu comme relevant du simple entretien paysager, il est aujourd’hui au cœur des politiques de d’adaptation urbaine : désimperméabilisation des cours d’école, plantations massives, gestion de la sécurité des riverains.

Cependant, il met en garde contre une dérive fréquente, la course politique au nombre d’arbres plantés, décorrélée des capacités réelles de plantation et du suivi des services techniques. Sa règle : mieux vaut planter le bon arbre au bon endroit que multiplier les forêts urbaines mal entretenues.

Il insiste aussi sur la diversité des arbres, en commençant par éviter le monospécifique. Cela pourrait exposer à la perte totale d’un alignement en cas de ravageur ou de maladie. On se doit aussi de varier les hauteurs pour permettre une ventilation naturelle des rues, plutôt que de créer des dômes de pollution qui emprisonnent l’air.

Au-delà de l’esthétique, l’arbre rend aujourd’hui des services écosystémiques reconnus : rafraîchissement urbain par évapotranspiration, captation du carbone et des particules fines, support de biodiversité, confort psychique lié à la biophilie. Une utilité qui dépasse le simple cadre paysager pour devenir un véritable enjeu de santé publique dans les villes en surchauffe.

Vous êtes responsable de la gestion d’un patrimoine arboré ? N’hésitez pas à nous contacter.

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